Mystrâs, lueurs des derniers Paléologues - troisième volet


 Mystrâs, lueurs des derniers Paléologues

Troisième volet: La ville basse

St Démétrios (2), Pandânassa (13), Perîvleptos (15)


Texte et photos © Ioannis Kallianiotis, sauf indication contraire.





Plan de Mystrâs

Dans ce récit aussi, les chiffres entre parénthèses font réference à ce plan



Rendu pictural de Mystrâs


Depuis le Palais(8), on remonte vers l'entrée haute (11), afin de descendre en voiture (3,5 km) vers l'entrée basse. 


                                         

Entrée de la Métropole

Métropole, siège du Métropolite (évêque) de la région = Métropolis

En 1262, quand Mystrâs était recuperé par les Byzantins, le Métropolite de Sparte y a transféré son siège en ville basse et fait construire de suite (1262-1270) l'eglise de St Demétrios.

L'aura de cette église fut augmenté considérablement par le Couronnement du dernier Empereur de Byzance, Constantin XI Paléologue.


                                           

La fresque au dessus de la porte de l'enceinte du mur de la Métropole montre le martyre du Métropolite Ananias Lambardis, exécuté par les Turcs en 1760, en meneur de la révolte chrétienne de l'époque.



La cour intérieure, à gauche le siège de la Métropole, à droite l'église


On avance vers l'intérieur
 


L'iconostase et le sanctuaire de l'église de St Demétrios



A gauche la chaire (ambon), à droite le Trône de l'évêque



La chaire (ambon) en bois sculpté et peint



Vestiges des mosaiques subsistants



L'aigle bicéphale en marbre où l'Empereur était couronné en 1449.









Montons vers le petit Musée de la Métropole





On choisit trois élements significatifs exposés dans ce musée


Prie-dieu (Proskynitarion) en marbre avec le Christ en Majesté.

En deuxième utilisation à l'église de Perîvleptos, 2eme moitié du 14eme siècle.

La sculpture reflète les quêtes éclectiques de la famille Cantacuzène.

Le sujet Byzantin et sa technique de fabrication (ajout d'incrustations de mastic-cire et de couleurs) se combinent avec des détails décoratifs qui témoignent d'influences occidentales ( fleur de lys sur le poignet du Christ).



Plaque de marbre représentant l'Ascension d'Alexandre le Grand

Alexandre le Grand y conduit un char tiré par des griffons ailés, vêtu du costume officiel de l'empereur Byzantin. Il est représenté comme le symbole d'un souverain universel, prêt à conquérir les cieux.

Alexandre le Grand constitue une source d'inspiration permanente pour le monde médiéval. Des épisodes de sa vie composent un récit fantastique "le Roman d' Alexandre le Grand", qui fut extrêmement populaire à Byzance et en Occident.

Cette scène spécifique de l'Ascension se constitue en tant que thème iconographique indépendant à Byzance et, peut-être par l'intermédiaire d'artisans Byzantins, est transposée en Occident, où elle connaît une diffusion très large (Italie, Suisse, Allemagne, Angleterre, France).

Pour le « Récit d’Alexandre », vous pouvez regarder au site de l’Institut Hellénique de Venise :

Alexandre le Grand - Institut hellénique d’études byzantines et post-byzantines


Le costume, un élément d’identité culturelle (XIIeme - XVeme siècle)

La mode suivie à Mystrâs (XIIIe - XVe siècle) trahit la relation étroite de la capitale du Déspotât avec Constantinople, tout en documentant sa communication avec l’Occident.

Les seigneurs de Mystrâs, tels que nous les connaissons grâce à leurs portraits dans les églises
de la région, sont habillés selon les exigences vestimentaires de la Cour Impériale Byzantine et leurs vêtements font partie de la garde-robe Byzantine traditionnelle.

Les femmes de l’aristocratie, cependant, semblent aussi suivre les standards vestimentaires
de l’Europe occidentale médiévale, qui se répandirent alors à Byzance,
Des tissus précieux, nécessaires à la production des vêtements de luxe, arrivèrent également de l’Occident.




Dessin de fragments de tissu retrouvé et « toile » de robe avec copie de chaussure d’époque
Ensemble de vêtements pour femmes, Sainte-Sophie, moitié du XVe siècle.

L’influence de l’Occident médiéval sur les territoires de l’Empire Byzantin est révélée par la découverte de Sainte-Sophie. Les deux robes de la jeune noble, portées l'une sur l'autre, sont en soie, richement décorés, probablement importés d’Italie et d’Espagne. Elles étaient tissées sur un métier à la tire, qui permet la répétition automatique de motifs complexes.
La forme également, de la tenue extérieure, qui est ajustée à la poitrine avec un décolleté profond et sans manches, suit les standards occidentaux de l'époque.
Fidèles à la tradition byzantine, les chaussures de la noble ont des semelles symétriques, sans différence évidente entre le pied gauche et le pied droit.
Enfin, l’arrangement de la coiffure en tresse et sa décoration avec de simples galons était largement répandue aussi bien en Italie qu’en Méditerranée orientale.



On sort de nouveau au balcon du siège du Métropolite et sa vue sur la plaine de Sparte



Et on commence monter vers Pandânassa (celle qui règne sur tous)


Les premiers monastères chrétiens furent fondés à la campagne. L’opinion dominante était que les moines n’avaient pas leur place parmi les tentations et le bruit des villes. Leur présence y était interdite par une loi de l’empereur Théodose Ier (379-395).

Conformément à une décision rendue par la Penthécte (5eme et 6eme) Synode œcuménique, devenir moine ou nonne signifiait, entre autres, une période de trois ans de probation avant que le candidat accepte officiellement la tonsure.

Le VIe siècle marque le début de la fondation des monastères dans le tissu urbain. Il est désormais admis qu’un ascète éprouvé peut accomplir un « service » en ville.
  
Les complexes monastiques ont des éléments communs dans leur organisation. Au centre se trouve le Catholikon (lieu de rassemblement pour tous et église principale). Le reste des bâtiments est ordonné
autour, en contact avec l’enceinte fortifiée, et répond aux besoins quotidiens des moines (cellules, cuisine et table communes, bains, entrepôts, hôpital), et diverses activités, à travers lesquelles les élements nécessaires pour vivre au monastère sont sécurisés (pressoir à olives, moulin, fourneaux).










Ici à droite on voit les cellules où résident les quatre nonnes du Monastère, dont les deux ont fabriqué les habits exposés en la salle du Trône du Palais. On les a aperçus, mais on a évité de déranger.

La vie en communes est basée sur la pauvreté, le travail obligatoire et l'obéissance aux supérieurs
hiérarchiques. Chaque monastère dès sa fondation acquiert son propre "typikon", un ensemble de règles qui régissent le fonctionnement et l’organisation de la vie quotidienne des moines. 

A la tête du monastère se trouve l’abbé/abbesse (hégoumène), encadré(é) par le conseil abbatial.
Chaque moine entreprend des responsabilités et services spécifiques.

Les biens monastiques par exemple sont gérés par l' "éconômos", tandis que d’autres moines s’adonnent à la copie des codex, la peinture (hagiographie), ou des travaux agricoles.

Le monastère de Pandânassa est le seul actuellement habité à Mystrâs. À partir du milieu du XIXe siècle environ, il fut transformé en monastère féminin.


ARCHITECTURE ECCLÉSIASTIQUE : INFLUENCES OCCIDENTALES


En l’église de Pandânassa, les influences venues de l’Occident sont évidentes. Des éléments gothiques sont observés dans la partie centrale, la façade Est du monument, ainsi que le haut clocher.

L’influence de l’architecture occidentale est également visible dans d’autres bâtiments importants de la capitale du Déspotât.



Le plan de Pandânassa (celle qui règne sur tous)

La flêche montre l'endroit où est gravé le monogramme du fondateur Ioannis Frangopoulos
"Protostâtor et Catholikôs Messâzon"(Commandant et Chancelier) du Déspotât
Dédiée à la Vierge l'église a été inaugurée en 1428.



La nef centrale de l'église

Très peu de photos faites dans cette église, tant l'air y est dense et l'atmosphère est chargée de spiritualité







L'icône de la Vierge 
et les ex voto


Les gardiens (partout en équipes renforcées, car on se trouve au week-end des journées du patrimoine), nous conseillent vivement de visiter l'église de Perîvleptos.

"C'est 10 minutes en marchant tout droit".

On prend alors le petit tunnel et ses marches, ensuite les sentiers, au debut très soignés...




Toujours le même effet des gens qui connaissent le site comme leur poche...

Les 10 minutes concernent l'habitué des lieux, qui en plus est en excellente forme...



Bien sûr se perde un peu à Mystrâs a toujours son charme, mais nos genoux ne sont pas toujours du même avis...




Après donc des moments de desespoir dans ce paradis de verdure traversant des ruines et des mythes


Nous voici devant le portique du Monastère
 


Entrée de l'enceinte du Monastère de Perîvleptos 
(perîvleptos, celle qui est en vue, la distinguée, la prestigieuse)



Ecusson du Monastère, soutenu par deux lions avec le mot PERIVLEPTOS écrit en forme de croix

              La lettre O entoure l'écusson

Π
BΛ E ΠT
Σ





Photo du Ministère de la Culture Hellénique

Dans cette fresque, les fondateurs du Monastère de Perîvleptos, membres de l’aristocratie de Mystrâs, offrent l’église à la Vierge Marie.
Il a été suggéré qu’il s’agit du Déspôte Manouil I Cantacuzène et de son épouse Isabelle de Lusignan, membre de la famille Royale Lusignan de Chypre.



Suggestion soutenue par quelques fleurs de lys sculptés 



Le Monastère est encastré dans une grotte


Plan du Monastère de Perîvleptos


FONDATEURS ET BIENFAITEURS   

    « EK VATHRON ANEGEIRAI SEVASTON NAON »

CONSÉCRATION DES LIEUX DE CULTE SAINTS


À Byzance, il est d’usage que des membres de l’aristocratie établissent ou innovent des monastères.
Le privilège du fondateur d’institutions pareilles peut-être gardé à vie, transmis ou cédé selon le droit spécial en vigueur.

Les fondateurs ont des droits spécifiques et peuvent intervenir dans l’administration monastique. En même temps, ils s’engagent à des obligations. Ils doivent assurer l’entretien et l’embellissement des bâtiments et garantir leur approvisionnement en vivres.






Ici, c'est l'art qui prend le dessus




La renaissance Paléologienne en majesté

Les volumes s'envolent, comme si tout est peint sur des nuages




St Jean Baptiste


Le mystère entier de ce visionnaire à l'apparence hirsute






Si peu de vestiges de mosaiques...

Et pourtant leur pouvoir d'évocation reste puissant...




A côté, des annexes à ciel ouvert









 Un dernier regard à Perîvleptos

On prend le chemin de retour, en passant par des petites églises privées et des maisons particulières.


CULTE EN VILLE : BASILIQUES / CULTE DANS LES QUARTIERS : ÉGLISES

Durant les premiers siècles du christianisme (IVe-VIIe siècles), le besoin de participation des croyants  à la Divine Liturgie est satisfait par les grandes basiliques chrétiennes qui sont souvent érigées au centre des villes.

Le passage au monde médiéval, est associé à la fondation de petites églises ou monastères qui font partie du tissu urbain. La ville est divisée en plusieurs paroisses qui sont organisés autour des églises. 

Un prestige particulier est accordé à certains centres urbains, par leurs principaux pèlerinages, tels que 
Saint Démétrios à Thessalonique, ou la Vierge Marie, le Théologue et les Sept Enfants à Éphèse.




 À Mystrâs en plus des nombreux monastères qui jouent un rôle important en l’urbanisme, on rencontre plusieurs chapelles « privées ». Construire une chapelle est une pratique répandue au sein de la classe dirigeante Byzantine et constitue un moyen effectif de promouvoir un statut.

À l’intérieur des chapelles qui ont souvent un caractère funéraire, sont représentés en fresques des membres de chaque famille.




« HOSPITIA HAMOGAIA  KE  ANOGIA - KATOGIA »

  HABITATIONS DU REZ-DE-CHAUSSÉE ET EN ÉTAGE

Les zones résidentielles forment le noyau principal de la ville de Mystrâs.

À Byzance, se développent divers types de maisons : maisons avec une grande pièce centrale
avec arche, flanquée d’autres plus petites (Thessalonique) ; maisons de plein pied, construites autour de cours carrées (Gérasa, Athènes, Pérgame) ; maisons au plan rectangulaire, avec une à trois pièces et peut-être des étages (Corinthe, Arta) ; complexes de deux ou trois étages avec une cour et un enclos élevé (Syrie) ; maisons au plan en L, avec une ou deux pièces, avec un étage dans l’une ou les deux pattes (Mouhli, Géraki) ; maisons avec une seule pièce au rez-de-chaussée et une seule pièce à l’étage (Redina).

Une place spéciale est occupée par les maisons de Mystrâs, qui sont en très bon état de préservation et  témoignent de la qualité de vie qu’ils offraient.




Les maisons de Mystrâs possèdent le rez de chaussée et un ou deux étages. Le rez-de-chaussée est prévu pour des services auxiliaires (hébergement d’animaux, stockage, cuisine). Il est construit de telle sorte qu'il puisse servir à des fins de défense : ses murs sont épais, solides et souvent équipés d'archères.
La mezzanine - là où elle existe - sert à des usages multiples. 

Enfin le "triklinos" (subsistance de la salle à banquets de la Grèce antique), amenagé au dernier étage comme une grande salle d'un seul tenant, est utilisé pour les repas, le séjour et l'hébergement.
Il n'y a pas des cloisons et la création de compartiments a probablement été réalisée à l'aide de 'falsoms'   ( cloisons en bois). Souvent les "triklinos" sont équipés de "solaires" (balcons).




La maison « Lâskari » est l’exemple le mieux conservé d’un grand complexe résidentiel avec de nombreuses pièces et un escalier extérieur. Sa dernière phase byzantine est le résultat de nombreuses modifications apportées au noyau d’origine du rez-de-chaussée.


MYSTRAS APRÈS BYZANCE 

Mystrâs après la reddition aux Turcs, en 1460, par le dernier Déspôte Dimitrios Paléologue, reste encore un des centres urbains importants de la région et devint le siège d’une administration Ottomane (sanjak).
 
Selon la déscription d’un voyageur du XVIIe siècle, la population grecque vivait toujours à l’intérieur de la fortification, tandis que Musulmans, Juifs et Chrétiens développent des quartier en dehors des murs.

Les résidents de la région étaient engagés dans la production de vers à soie, ainsi que la culture des oliveraies, vignobles, agrumes, figues et tabac.

De nombreux produits locaux sont également exportés vers l’Europe occidentale.




Gravure sur cuivre du Mystrâs post-Byzantin par Randolph (1687)

Bibliothèque Gennadios, Athènes




On fait nos adieux



Texte et photos © Ioannis Kallianiotis, sauf indication contraire



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