Élisabeth II
La panoplie de la Reine
Exposition « La reine Élisabeth II, la mode et le style »
à l'occasion du centenaire de la naissance de la reine Elizabeth II (1926-2022)
Galerie du Roi, avril 2026 - avril 2027
Photos et texte © Iannis Kallianiotis, sauf indication contraire.
Le 21 avril 2026 a marqué le 100e anniversaire de la naissance de la princesse Elizabeth d'York, fille aînée d'Albert, duc d'York, deuxième fils du roi George V et de la reine Mary de Grande-Bretagne et de la duchesse Elizabeth d'York.
Premier petit-enfant des souverains, elle fut immédiatement adulée par toute la famille. Le public la découvrit plus tard comme une enfant souriante et déterminée, avec sa sœur cadette aux côtés de leurs parents moins charismatiques, dans l'ombre de l'aîné David, charmant prince de Galles, et de leur séduisant frère cadet, le duc de Kent, marié à Marina, princesse de Grèce, descendante des empereurs russes, modèle de grâce féminine et d'avant-garde vestimentaire.
Un petit temple dorique se dresse sur le côté du palais de Buckingham, à côté des écuries royales, où sont désormais logés quelques chevaux, ainsi que les carrosses royaux historiques.
Pendant 70 ans (1952-2022), c'était l'entrée de la Queen's Gallery, aujourd'hui la King's Gallery, lieu d'expositions thématiques temporaires issues des riches collections royales.
Entre deux colonnes doriques est assise une jeune femme élégante vêtue d'une robe en taffetas bleu ciel ornée de dentelles du même ton. Elle porte une coiffure garnie de voilette en résille et de roses bleues pour le mariage de sa sœur Margaret-Rose.
La sémiologie qui traverse toute l'exposition est déjà évidente ici
La Reine, sachant que sa sœur est coquette, a choisi un modèle particulièrement élégant et des gants longs du même teint . Le mariage n'est pas seulement familial, mais aussi royal. Elle ne porte donc pas son collier en trois rangs de perles, un cadeau de leur père, mais deux rangs de perles historiques. L'un est celui de la Reine Anne (1665-1714), la dernière des Stuarts et l'autre celui de la Reine Caroline (vers 1727). Broche en diamant " Liens d'amour " de leur grand-mère la Reine Mary (1932) et bracelet en diamants, cadeau de mariage dessiné par son mari le prince Philip, avec les armoiries grecques.
Le code est donné. Comment, avec les couleurs et les symboles, la Reine communique-t-elle ses intentions et ses priorités lors de ses apparitions officielles ?
Vous voyez, sa fonction présente cette particularité qui découle de ses stricts engagements institutionnels.
Aucune déclaration, aucune préférence, aucune démonstration excessive.
Un totem vivant
Voici son armure.


L'escalier et la lumière naturelle du toit en verre
Nous sommes accueillis par un croquis d'une jeune femme tout sourire (1947),
portant une robe en mousseline légère brodée de mimosas, symbole de l'Australie.
Sa première apparition officielle avec ses parents et grands-parents lors de son baptême (1926)

Son habit de baptême. Il fut confectionné en 1841 par Janet Sutherland, couturière de la reine Victoria en Écosse, pour sa fille aînée, la princesse Victoria (mère de la reine Sofia de Grèce). Soie de Spittafields, dentelle d'Honiton, les mêmes matières que celles utilisées pour la robe de mariée de la reine Victoria. Depuis 1841, il fut utilisé lors de tous les baptêmes royaux jusqu'en 2004, date à laquelle la Reine commanda à son assistante fidèle Angela Kelly une copie de la robe de baptême historique, aussi fidèle que possible à l'original. La robe de baptême de 1841 est aujourd'hui conservée dans un musée et les bébés royaux sont baptisés vêtus d'une réplique.
Vêtements pour enfants, costumes de théâtre
À gauche, des robes en coton fleuri Liberty pour les sœurs, souvent habillées de la même manière, selon le "syndrome des jumeaux".
La robe jaune de « fée » fut confectionnée en 1930 pour la jeune Elizabeth. Sa baguette magique a disparu. En 1934, elle était portée par sa sœur Margaret (photo ci-dessous à droite).
Ici, des robes de déguisement pour des fêtes d'enfants.
Les sœurs adoraient la pantomime et donnaient des représentations en cercle familial jusqu'à la 2nde Guerre mondiale.
Sur la photo à gauche, des robes en taffetas de soie vieux rose, dans le style Tudor. À gauche, celle d'Elizabeth en 1934 et à droite la robe de sa mère en 1909, alors qu'elle avait 9 ans au château ancestral de Glamis, en Écosse.
Premières apparitions officielles
Cape en fourrure de lapin à gauche (1931), et manteau d'astrakan (c.1928) à droite
Demoiselles d'honneur
À gauche, robe en satin rose pâle et tulle, pour le mariage de son oncle le duc de Gloucester en 1935, Norman Hartnell.À droite, lamé à points et tulle de soie, pour le mariage de son oncle le duc de Kent en 1934, Édouard Molyneux.
La robe pour le couronnement de ses parents (1937)
La vie de la « petite et discrète » famille d’York changea radicalement en 1936, avec l’abdication du frère aîné David (devenu Édouard VIII), en faveur de son union avec l’Américaine Wallis Warfield, divorcée deux fois (une expression typique de reproche à l’époque : « avec ses deux maris précédents encore en vie ! »).
Ce développement a beaucoup contrarié la petite famille qui ne voulait pas du Trône. Albert, duc d'York, désormais roi George VI, doit lutter contre sa timidité naturelle, ses bégaiements occasionnels et la conjoncture internationale de la guerre qui semblait inévitable. Homme de devoir, il s'est appuyé sur sa famille et s'en est sorti au prix de sa santé.
Satin de soie, dentelle de Chantilly, ornements dorés (Smith and Co).
Manteau royal, de velours, hermine, dentelle d'or (Ede et Ravenscroft).
Petite couronne plaquée or, commandée par le Roi, chez Garrard.
Des "jumelles" de nouveau
Robes en lamé et serre-tête assortis, pour les deux sœurs, par Jeanne Lanvin (Paris, 1938). Leur mère était une cliente importante de Mme Lanvin, qui s'inspirait aussi de sa fille unique Marguerite et présentait ses créations sur des poupées, comme celle ci-dessus (poupées Raynal).
Robe de soirée, vers 1941, Norman Hartnell
Soie, dentelle, tulle, perles, cristaux.
Une robe de coupe assez simple, datant probablement de ses premières années d'adolescence. La dentelle présente des roses, des chardons et des jonquilles, des fleurs symboles de l'Angleterre, de l'Écosse et du Pays de Galles, rebrodées de perles et de cristaux. À cette époque de restriction, nombre des robes de sa mère notamment par Hartnell, étaient ajustées et portées par la jeune princesse.
Cape du soir du début des années 1940. Velours de soie matelassé, doublé de soie matelassée. Il est complété par une capuche assortie. Fabricant inconnu.
Veste et jupe en laine, d'un fabricant inconnu, issue du Utility Clothing Scheme, une initiative gouvernementale de 1941, visant à fournir des vêtements bien fabriqués et abordables pendant la guerre.
Uniforme de combat du Service Territorial Auxiliaire (ATS, division féminine de l'armée Britannique 1938-1949) dans lequel la princesse s'est engagée à l'âge de 18 ans en 1944, où elle a servi comme mécanicienne automobile.
Uniforme et chapeau de chef scout de mer (Sea Rangers), 1945, par Mlle Ford. Jersey de laine, feutre, cuir, métal.
Les Sea Scouts contribuairent à la guerre depuis 1943, et la Princesse Elizabeth en fut nommée chef en 1945.
Tunique et coiffe de Barde honoraire en soie, 1946.
En 1946, la Princesse est initiée au Cercle des Druides Gallois, en tant que membre honoraire.
Ede et Ravenscroft, fabricants de manteaux royaux, ont créé cette robe en fine soie verte drapée à la grecque et la coiffe assortie.
Jupe "poodle" de Julie Lynn Charlotte (1922-2024). Créatrice basée en Californie, elle dessine des jupes dans l'esprit de la jeunesse américaine téméraire des années 1950. Ses jupes étaient décorées de figures appliquées, principalement de poodles(caniches), c'est pourquoi elles portaient ce nom. Ici, la Princesse Elizabeth porte une jupe en feutre de laine, avec des figures de Roméo, Juliette et des roses grimpantes, dansant une danse traditionnelle au bal donnée par le Gouverneur Général à Ottawa, Canada, en 1951.
Uniforme No.1 du Colonel des Grenadiers de la Garde, 1947. Crêpe de laine, coton, feutre. Des tailleurs militaires Bernard Weatherill (ses pourvoyeurs depuis 70 ans). Conversion spéciale du chapeau de colonel par le modiste Aage Thaarup, Danois d'origine.
La robe de mariée
Il a été conçu par Norman Hartnell, qui s'est inspiré du tableau "Printemps" de Botticelli (vers 1480). Elle fut perçue comme une bouffée d'air frais, après les jours sombres de la guerre. Les restrictions sur les tissus et les matériaux – en 1947, les Britanniques se procuraient encore tout avec des coupons personnels strictement limités – furent contournées par des individus qui accordèrent des milliers de coupons à la princesse. Le tissu de satin était tissé par les Winterthur en Écosse, les petites perles sont venues d'Amérique et étaient intégrées avec des cristaux et des perles dans la broderie aérienne illustrant des épis de maïs, des guirlandes de roses d'York, des fleurs d'oranger et de jasmin.
Échantillon de broderie avec des morceaux de satin appliqués, sur le tulle de soie de la traîne.
Les sandales de la maison Rayne en satin de soie
Le look était complété par le Diadème de la Reine Mary, de type cocoshnik. et les deux rangs de perles historiques des Reines Anne et Caroline.
La période entre le mariage et l'accession au trône 1947-1952
C’est l’époque du « New Look » introduit par Christian Dior à Paris, qui entretenait une relation de respect mutuel avec le principal créateur britannique de l’époque, Norman Hartnell.
L'influence est manifeste dans les manteaux de velours aux teintes sombres que privilégie la jeune mariée. Les couleurs sombres étaient à la mode à l'époque, mais la différence résidait d'avec les couleurs pastel que sa mère affectionnait, et ce jusqu'à l'âge de cent ans.
Chapeau calotte
Queues d'hermine fixées sur une base en fil dur, qui reprend la forme de la tête
Kate Day, modiste en activité entre 1940 et 1960
La Reine lui écrit : « Se sentir en sécurité dans son chapeau peut tout changer ». Je peux honnêtement vous dire que c'est toujours le cas pour les vôtres. »
Avec un manteau de velours couleur framboise et la broche feuille d'érable, au Canada
Feuille d'érable (symbole du Canada). Platine et diamants, Asprey, 1939.
Cadeau de son père George VI, portée lors de sa première visite au Canada en 1951.
Robe de soirée de Norman Hartnell portée pendant la tournée du Commonwealth 1953-54.
Sa base est une robe en lamé doré sans bretelles, recouverte de dentelle crème fixée sur du tulle, rebrodée d'or. Elle remonte à l'épaule gauche, puis un panneau retombe jusqu'au sol. La jupe est soutenue par une crinoline en tulle pour adoucir le tombé du tissu en lamé.
Ici, portée avec beaucoup d'allure , avec étole d'hermine et une constellation de diamants.
À gauche, robe du soir en satin crème, avec une broderie dorée asymétrique, caractéristique de ses préférences à cette époque (1948-1950). Le châle asymétrique sur les épaules fut transformé plus tard en deux larges bretelles.Contrairement aux idées reçues la Reine, portait ses tenues de soirée, trois ou quatre fois, lors des occasions plus privées.
À droite, une des rares robes noires de soirée de sa garde-robe (la couleur noire étant réservée au deuil, ou à la visite au Pape à Rome). Velours de coton noir, satin de soie.
Photo Internet
Probablement c’est la robe portée ici, en 1956 quand Mairylin Monroe lui était présentée
Les deux àvaient alors 30 ans
Robes de soirée en velours de coton et taffetas de soie (1948-1950), Norman Hartnell. Habituellement, de larges bretelles, ou de petites manches, sont fournies pour fixer les cordons des décorations. Ici, dans la robe bleue, il y a une prévision de possibilité de changement à la taille cause grossesse. Ses deux premiers enfants sont nés, Charles en 1948 et Anne en 1950.
Norman Hartnell (1901-1979) fut le couturier le plus important et prolifique ayant travaillé avec la Reine pendant plus de quatre décennies. Il était responsable de ses deux robes les plus importantes. Sa robe de mariée (1947) et sa robe de couronnement (1953), où il a démontré son talent de créateur et représentant du summum de l’artisanat de la haute couture britannique.
Souvent négligé aujourd’hui, Hartnell a joué un rôle important pour la couture britannique sur la scène internationale. Il a fondé sa maison de couture en 1923, à seulement vingt-deux ans. Il connut un immense succès, l’admiration des designers Parisiens tels que Christian Dior, ainsi que les auspices royaux. Au sommet de sa carrière, il employait 400 ouvriers.
Ses créations pour les tenues matinales de la Reine étaient intemporelles, mais là où il se démarquait vraiment, c’était les robes du soir, où il exprimait passion et talent, mêlant des matières précieuses à des broderies ouvragées en silhouettes diverses.
La Reine l’a nommé Chevalier (Sir) en 1977.
La robe du Couronnement (1953)
Norman Hartnell
"C’est étrange que quelques mètres de satin puissent profiter d’une vie artificielle de quelques centaines d’années"
Les échantillons de broderie pour la robe de couronnement tels qu’ils sont restés depuis.
Trèfle pour l’Irlande Chardon pour l’Écosse Fougère argentée pour la Nouvelle-Zélande
Protéa pour l’Afrique du Sud Mimosa pour l’Australie Feuille d’érable pour le Canada
Lotus pour l’Inde et le Ceylon Blé, coton et jute pour le Pakistan Rose Tudor pour l’Angleterre
Le croquis de la robe du couronnement, un cadeau de Hartnell à la Reine
Corsage simple avec un décolleté en cœur et de petites manches arrondies, de sorte que la robe s’appuie déjà bien sur les épaules.
Jupe avec renfort autour des hanches pour garder la forme sous la broderie.
Pratiquement toutes les robes de l’époque, en particulier celles fortement brodées, avaient des substrats soigneusement conçus qui maintenaient la stabilité des formes. Puis venait la capacité de chaque femme à déplacer ces structures parfois lourdes avec grâce.
La Reine a commandé à Hartnell la robe en août 1952, pour le couronnement du 2 juin 1953.
Hartnell étudia les vêtements sacerdotaux, tout ce que portaient les Reines régnantes précédentes, et tous les symboles pouvant être brodés dessus. Il proposa 9 modèles.
La Reine choisit le N°8. Elle le voulait en satin blanc (il a finalement été fait en teinte ivoire) et suivant la forme de sa robe de mariée. Elle demanda que la broderie en or et argent soit rehaussée de couleurs et qu’aux symboles du Royaume-Uni (rose Tudor pour l’Angleterre, chardon pour l’Écosse, trèfle pour l’Irlande et poireau pour le Pays de Galles), soient rajoutés les symboles de tous les Dominions sur lesquels elle régnait, mimosa pour l’Australie, fougère argentée pour la Nouvelle-Zélande, la feuille d’érable pour le Canada, le lotus pour l’Inde, le maïs, le coton et la jute pour le Pakistan, le lotus à nouveau pour le Ceylon et la protéa pour l’Afrique du Sud.
La robe du couronnement, et des échantillons de la broderie.
À droite, l’éventail de la Reine en écail avec son monogramme en diamants, orné de plumes d’autruche. Accessoire traditionnel d’une Reine régnante ou d’une Reine consort,
c’était un cadeau de la Vénérable Guilde des Créateurs d’Èventails »"
Bien sûr, la robe disparut sous la cape royale et les étincelles des joyaux de la couronne. Seul le devant de la jupe brodée rappelait les heures interminables de broderie magistrale.
Ses bijoux personnels
Le cadeau de son premier admirateur
Perles de lapis-lazuli sur fil. Don de Sir Francis Humphrys (1879-1971), ambassadeur Britannique auprès de l’émir d’Afghanistan de l’époque, avec sa note : Un souvenir de Kaboul et une tentative vaine d’harmoniser avec la couleur de ses yeux. Par son humble admirateur Francis Humphrys, 07/03/1929. Afghanistan.

Broche en diamant avec l’inscription emblématique de l’ordre de la Jaretièrre
Honi soit qui mal y pense
Cadeau d’anniversaire pour ses 18 ans, de la part de ses parents, 21/4/1944
Bracelet avec saphirs et diamants. Cartier, 1943
21 diamants furent donnés à la Princesse en 1947 par le gouvernement de l’Union Sud-africaine, pour son 21eme anniversaire. Le bijoutier de la couronne Garrard les a sertis en collier. En 1952, il a raccourci le collier à 15 diamants et les six, avec l’ajout d’un diamant, sont devenus un bracelet assorti.
Broche, panier de fleurs. Un cadeau de ses parents en 1944.
Il a été porté lors du baptême du prince Charles en 1948. Anglais.
Bracelet-cadeau de son mari, pour leur cinquième anniversaire de mariage
Conçue par le prince Philip, elle comprend le symbole de la Royal Navy en diamants, les armoiries de la Grèce et du Danemark (croix avec saphirs et croix avec rubis) ainsi que deux roses d’York avec des pierres semi-précieuses. Boucheron, 1952.
Le diadème avec des aigues-marines du Brésil
La Reine a acheté ce diadème en 1956. En 1971, elle a ajouté une série d’impressionnantes aigue-marines, un cadeau du gouvernement et du peuple Brésilien pour son couronnement en 1953, à ce diadème ainsi qu’à un collier tout aussi volumineux et impressionnant qui n’est pas présenté ici. Garrard, 1956.
La tiare aux rubis Birmans

Ces rares 96 rubis (un chiffre magique pour le bonheur en Birmanie), un cadeau de mariage Birman en 1947, ornaient un collier. La Reine commanda ce diadème en 1971, où les rubis regroupés présentent cinq œillets. Garrard, 1971.
Autres bijoux historiques plus anciens sont exposés séparément .
Collier du jubilé d’or de la Reine Victoria (50 ans de règne, 1887). Perles et diamants.
Les boucles d’oreilles de la duchesse de Gloucester (vers 1830). Perles et diamants.
Le bracelet - cadeau de mariage du prince Philip, avec les armoiries grecques faites de diamants d’un diadème de sa mère, la princesse Alice de Grèce. Un diamant de 3 carats et d’autres plus petits, issus de la même tiare, étaient sertis en bague de fiançailles. Et bien sûr, le diadème du mariage et les deux rangs de perles historiques
Tenues du matin et du soir
Diplomatie d’habillement et tournées
L’arc-en-ciel royal
Très tôt, la Reine comprit, que ce soit au Royaume-Uni, ou à l’étranger, Commonwealth ou ailleurs, des foules affluaient pour la voir.
Comme le public fait tant d’efforts pour me voir, il faut que je sois vu de loin, était la conclusion.
La solution était des couleurs vives et des chapeaux qui laissaient paraître le visage.
La palette de couleurs des paysages visités était également prise en compte.
Par exemple, lors d’une promenade sur la Seine en bateau mouche, le rêve parisien en arrière-plan, un jaune fluorescent de cadmium faisait ressortir sa silhouette de loin, comme une luciole.
La première préoccupation, bien sûr, était la diplomatie. Les couleurs, les symboles, les sensibilités religieuses de ses hôtes. À l’entrée des mosquées, un long manteau et un châle, discrets mais luxueux, apparaissaient comme par miracle, accompagnés d’une paire supplémentaire de bas de soie.
Au Vatican, où les Reines Catholiques ont le privilège de s’habiller en blanc, la Reine du Royaume Uni et chef de l’Église d’Angleterre apparaît en noir.
À gauche, une visite officielle en Arabie Saoudite, à droite, une visite officielle au Vatican, 1961.
À l’époque, encore en robe longue, tiare, mantille et décorations.
Lors de sa visite au Vatican en 2000, son secrétariat politique avait choisi de manière frivole une apparition matinale colorée et « détendue », car ils avaient prévu une séance photo analogue plus tard.
Le Saint-Siège, cependant, a souligné cette approche comme inappropriée. La situation fut sauvée par son assistante personnelle Angela Kelly (Catholique de religion), qui, anticipant cette erreur, avait préparé à ses frais non pas un, mais deux ensembles appropriés et absolument identiques. L’un en bleu foncé et l’autre en noir, qu’elle n’afficha que lorsque l’impasse devint évidente.
La Reine opta pour le look noir, avec un chapeau similaire et un voile en tulle noir et dentelles, un rappel subtil de la mantille. À droite, les deux ensembles « cachés ».Photos du livre : de Angela Kelly, "The other side of the coin" Harper Collins Publishers
Au Japon
Japon, 1975, première visite d’un monarque Britannique, Norman Hartnell.
Dans le ciel bleu d’une mousseline à manches kimono, les cerisiers en fleurs tridimensionnelles rappellent le « sakura » (festival des fleurs de cerisier au Japon).
En Chine
Chine, 1986, Ian Thomas
première visite d'un souverain Britannique
Pivoines chinoises brodées rose-violet, sous une « pluie » verticale.
Irlande, visite historique de 2011, Angela Kelly.Soie blanche avec des appliqués en trèfle blanc et harpe irlandaise brodée en diamanté
Les ensembles du matin
Croquis-échantillons-détails
Les chapeaux, les sacs, les chaussures
Le célèbre chapelier Stephen Jones avait décrit la Reine comme la « Sainte patronne » des modistes, car elle en avait porté des chapeaux toute sa vie, ce qui donna un nouvel élan à cet art très particulier à la fin du XXe siècle.
Les circonstances particulières
Un ensemble en organza vert clair avec des muguets (fleur fétiche de Christian Dior), lors du mariage d’Alexandra de Kent en 1963.
Le mariage s'est avéré heureux, exactement comme le muguet promet.
Par contre il fut le début de l’impopularité de la Couronne Grecque, qui, combinée à de nombreux autres facteurs, entraîna la chute de la démocratie en Grèce en 1967 et de la Royauté en 1974.
La marée des années soixante et soixante-dix
Au début, il y avait les Beatles. Un vent de jeunesse et de liberté soufflait en Europe et en Amérique. Un tourbillon jamais vu auparavant à secoué Paris en mai 1968. La musique, l’expression et bien sûr les vêtements ne seraient plus jamais les mêmes.
Un vent fort a soufflé également sur la garde-robe de la Reine. Ses robes du soir ont acquis une aura Californienne, peut-être même une certaine influence de Pérsépolis (aux fêtes de laquelle, elle n’a pourtant pas assisté).
Les ensembles du matin ont également été affectés
Des ourlets raccourcis Un brin de psychédélisme La silhouette baby doll
Médiéval
Ensemble jaune pâle simplissime par Norman Hartnell, avec chapeau inspiré de l’époque Tudor, le tout décoré de petites perles.
Un mélange de tradition et de modernité lors de la cérémonie d’investiture du Prince Charles comme Prince de Galles, au château de Carnavon en 1969, sous la direction artistique de Lord Snowdon, mari de la sœur de la Reine (photo à droite « Town & Country »).
Ethnique
À gauche, veste en daim blanc brodée par des Autochtones des Northwest Lands, Canada.
La Reine à l’hôtel de ville de Yellowknife, Territoires du Nord-Ouest, Canada 1970. Elle porte la veste indigène avec une robe de soirée florale, un petit diadème avec des aigue-marines, le collier et les boucles d’oreilles du Couronnement ! (Photo du catalogue de l'exposition).
Plus tard, après 1975, le classique était de retour
Les robes de grand soir
La Reine a été à la fois hôte et invitée lors de grands événements d’État au Royaume-Uni et à l’étranger. L’apparence extérieure devait être imposante, glamour et étincelante, pour répondre autant que possible aux attentes du public.
Norman Hartnell, Ian Thomas, Hardy Amies furent principalement les designers qui ont porté ce projet à terme.
Les croquis
Les croquis permettaient à la Reine de choisir la sémiologie appropriée pour chaque visite officielle. Souvent, un croquis porte sa note manuscrite, oui-non.
Ils étaient aussi parfois transmis à la presse, afin de communiquer un détail particulier, ou de rendre hommage au designer.
La grande salle avec les robes de soirée
Haut et bas de la même robe à gauche et au milieu
À droite, broderie « labyrinthe » avec des ajouts de formes géométriques
Prouesses des broderies
Tenue conçue pour harmoniser avec le cordon Néerlandais
pour la visite officielle de 1958. Deux couleurs de taffetas et de dentelle.
Robe conçue pour la tournée qui a été annulée dans le Commonwealth en 1952, en raison du décès de George VI. Elle a été portée quatre ans plus tard lors d’une visite au Nigéria.
Portrait pour l’Australie en robe brodée de mimosas
Voyages
Hardy Amies
Inde États-Unis Pakistan, Népal
Pakistan Nouvelle-Écosse (Canada)
Bien sûr, chacune de ces apparitions est accompagnée d’une histoire, mais... Gagnons du temps.Bientôt vint l’âge mûr et les Jubilés
Les Jubilés
La Reine monta au Trône en 1952, à seulement 26 ans, et régna pendant 70 ans jusqu’en 2022.
Elle a pu célèbrer les 25, 50, 60 et 70 ans de son règne
Les 25 ans (1977), Jubilé d’argent
Robe et manteau rose vif par Hardy Amies, chapeau Frederick Fox avec des clochettes de fleurs suspendues.
Les 50 ans (2002), Jubilé d’or
Ensemble bleu par Hardy Amies et chapeau par Frederick Fox, pour le carosse du couronnement vers le Te Deum en la Cathédrale Saint-Paul.
Les 60 ans (2012), Jubilé de diamant
Une série de tenues du matin au soir en blanc avec des détails or et argent, réalisées par Angela Kelly pour ce Jubilé de diamant. L’ensemble ci-dessus a été porté sur la Barge Royale lors de la traversée festive de la Tamise.
Photo de Marc Cuthbert // Getty images
Le 70e anniversaire, le Jubilé de Platine (05/06/2022)
L’ensemble de Stuart Parvin, chapeau Rachel Trevor-Morgan, n’est pas exposé ici. Il s’agissait d’un ensemble vert émeraude, chapeau orné d’un signal noir de deuil, honorant son mari le Prince Philip (1921-2021).
Trois mois de cela, elle a nommé sa dernière Première ministre, Liz Truss, et deux jours plus tard, elle a quitté ce monde.
Quelque part en 1994, Angela Kelly est entrée dans le monde de l’habillement de la Reine, en tant qu’assistante de son habilleuse. Elle resta à ses côtés près de 30 ans en tant qu’assistante personnelle, responsable des bijoux et finalement comme créatrice de vêtements et de chapeaux sous sa propre marque. Sans aucun doute, elle modernisa et embellit l’image de la Reine âgée, grâce à des choix réussis de tissus, embellissements et formes de chapeaux.
À gauche, l’ensemble d’Angela Kelly inspiré de la porcelaine de Wedgewood.
À droite, un manteau et une robe en laine de Stewart Parvin, chapeau Angela Kelly. Fourrures de collection (la Reine n’achetait plus de fourrures. Si nécessaire, celles de ses collections étaient réutilisées).


L’ensemble audacieux de Stewart Parvin que la Reine a porté à plusieurs reprises de 2014 à 2020
Les Jeux Olympiques de Londres de 2012
L’apparition de la Reine aux côtés de James Bond et l’inauguration des Jeux
par la « parachutiste royale » sont restés inoubliables.
À gauche, la robe de la Reine et à droite, celle du parachutiste
La dentelle brodée et le satin plissé en soie, la coiffe à plumes, tout en rose saumon, ont été travaillées avec le même soin dans les deux apparences. Mais le dos du cascadeur est renforcé pour tenir le poids du parachute...
Sa vie et ses préférences loin des caméras
Veste d’équitation et jodhpurs par Norman Weatherill
Elizabeth Windsor : Si je pouvais choisir, je serais éleveur de chevaux
Manteau par Angela Kelly
Foulards de soie Lancel, Hermès, Burberry
On fait nos adieux à l’arc-en-ciel
Et aux exceptions...
Le rare tailleur "discret" La rare robe noire élégante L’imperméable transparent et les
les parapluies aux liserés de couleur
Nos adieux au Monarque
Le catalogue de l’exposition
Un compte rendu détaillé de la couture britannique et de ses dirigeants, qui ont collaboré pour la garde- robe de la Reine. Designers, tailleurs, chapeliers, fabricants de chaussures, sacs, et gants.
Des photos des actualités de 1926 à presque 2012, avec les vêtements « en action », des croquis, mais aussi des photos des robes les plus brillantes, dans leur environnement naturel, c'est-à-dire dans certaines pièces des palais Royaux, surchargées de décoration et d’histoire.
Ce que la monarchie Britannique essaye de préserver: Un monde vivant dans une décoration de musée.
Photos et textes © de Iannis Kallianiotis, sauf indication contraire.