Kensington, le petit palais dans les prairies


                                     Kensington, le petit palais dans les prairies


Photos et texte © par Iannis Kallianiotis, sauf indication contraire.



Il était une fois, vers 1680, un courtisan qui avait construit une maison dans les prairies, dans le village de Kensington, en proximité du Londres d’alors.


En 1688, les tourments de l’histoire ont exilé le roi Catholique Jacques II et son successeur fut recherché uniquement dans la descendance Protestante de la famille.
Sa fille, Mary, ayant épousé un prince protestant, Guillaume d’Orange, le couple fut appelé à régner sur l’Angleterre.

La résidence royale de l’époque était le palais de Whitehall, qui comptait 1500 pièces, jugé humide et peu hygiénique, quant à l’asthme chronique de Guillaume. Le couple rechercha un lieu d’habitation plus sain, à la campagne.
Il convient de noter ici que Whitehall fut détruit par un incendie en 1698 et que seules les salles de banquet subsistent (Banqueting Hall 1619-1622), avec des plafonds peints par Rubens.

Les prairies de Kensington furent jugées appropriées, la résidence du courtisan (Nottingham House) fut achetée, et des plans pour une résidence royale furent rapidement élaborés par l’architecte Christopher Wren.
Les goûts du couple s’accordaient et des plans étaient choisis, concernant la résidence, et les lieux de réception indispensables pour les divertissements de la cour.

Après tout, les Cours Royales et princieres ont toujours servi de lieux d’éclosion pour les arts, en particulier le théâtre, la musique et la danse.



Les jardins du palais de Kensington vers 1715



L’Escalier du Roi

L'entrée menant à Leurs Majestés ne pouvait être qu’un grand escalier.

Dans sa première forme, l’escalier était bordé de sobres boiseries.

Plus tard William Kent a fait retirer les paneaux de bois, les remplaçant par une immense fresque peinte par lui. Elle représentait la brillante cour royale observant l’entrée des invités depuis les galeries, probablement au son de trompettes ou de tambours.









Des porte-lumières noir et or sur fond de damas couleur cerise, montraient le chemin vers
la « Salle de la Présence », qui évolua plus tard en

Salle du Trône



Ici recevait le Roi 

 Mary ne vécut à Kensington que cinq ans jusqu’à sa mort en 1694, tandis que son fidèle William vécut encore huit ans jusqu’en 1702, année de sa mort.
La sœur de Mary, Anne, régna alors pendant 12 ans. Elle ne laissa aucun héritier, malgré ses 17 grossesses, et la Couronne passa aux souverains protestants de Hanovre, contournant 56 prétendants catholiques dans la ligne de succésion.

George I, régna de 1714 à 1727, visitant souvent l’Allemagne où il régnait sur de nombreuses principautés. En Angleterre le pouvoir fut partagé  pour la première fois avec les membres du Parlement.

Son fils, George II, dès son avènement (1727), commença à recevoir ses sujets, ici à Kensington, avec Caroline sa Reine consort.

(Bustes en terre cuite du couple Royal dans la salle du Conseil privé)


Une audience du Roi pourrait changer votre vie

Un détenu du couloir de la mort, pour falsification de devises, demandait la grâce. Un entrepreneur demandait un certificat d’aptitude pour sa nouvelle machine de filature. Des veuves de marins imploraient une pension. En 1734, le Roi reçut ici le chef des autochtones Yamakro, de la nation Chérokee, avec sa suite, depuis la nouvelle colonie américaine de la couronne, nommée Géorgie en l’honneur du souverain.


Le bureau comme espace privé du Roi


Le portrait de Charles Ier, symbole de continuité entre les dynasties

Juste à côté de la salle de Présence se trouvaient le bureau du Roi et la salle de réunion du Conseil privé du monarque (une institution en fonction encore aujourd’hui).

C’était le centre politique du Palais et la salle des grandes décisions. C’est ici que la guerre de Sept Ans avec la France fut déclarée en 1756, un conflit qui dura jusqu’en 1763 et devint le germe de la lutte Américaine pour l’indépendance.

C’était aussi l’une des salles de réception préférées lors des événements sociaux de la Reine, car dans l’une des peintures au plafond, elle est représentée en Minerve (déesse Athéna) et son mari en Mars (dieu Arès). Des tapisseries sur les murs, de l’atelier de Mortlake fondé par Charles I, 100 ans plus tôt, représentent les mois. Ici Février, Juillet, Août, Novembre.

George I, conversait souvent en allemand. Malgré leur naissance allemande, George II et Caroline ont promu autant que possible la langue anglaise, insistant qu’elle soit la langue de la Cour.

Lors des fréquentes absences de son mari en Europe, Caroline était Régente et a façonné Kensington à son goût. Au bureau du Roi, elle a accroché des portraits de William III et Mary II, Charles I et Henri VIII, renforçant ainsi le récit de la continuité historique.


La cour s’amuse !



La salle au « dôme »

Le plafond est peint en tromp l’oeil, donnant l’image d’un dôme romain, avec au sommet l’étoile de la Jarretière.

Au centre de la salle une horloge monumentale avec un mécanisme reproduisant des musiques de Haendel, Corelli et Geminiani.


Sur ses quatre faces, elle porte des représentations de 4 Empires : Assyrie, Perse, Grèce et Rome, par Giacomo Amigoni, des bas-reliefs en argent de John Michael Rysback et un atlas en bronze de Louis François Rubillac.

De grands bals étaient donnés à l’occasion des anniversaires du Roi et de la Reine, et à la date d’anniversaire de leur accession au trône. Les invités s’amusaient, les jardins s’illuminaient et des feux d’artifice servaient d’apothéose finale.

George II et la Reine Caroline utilisaient Kensington plus pour le divertissement que pour les affaires d’État. Ils étaient mécènes du compositeur Haendel, qui leur dédiait ses compositions et enseigna la musique à leurs enfants. Là, il amenait sa troupe d’opéra italienne avec la célèbre chanteuse de l’époque Anna Maria Strada de Po.


Le salon du Roi

Le salon ouvrait plusieurs fois par semaine à 22h. C’était le sommet de la vie sociale au Palais. Seuls les plus privilégiés atteignaient ce point et risquaient de grosses sommes d’argent au jeu.



À d’autres occasions, invités vêtus de façon excentrique, dansaient le menuet dans le salon, tandis que la Reine et son cercle misait de grosses sommes au jeu.


Dans cette pièce, des maquettes de costumes d’époque en papier ont été installées.

Isabelle de Borscrave (1946-2024) avait excellé dans cet art.

Le salon du Roi est suivi du « placard » de la Reine


Aujourd’hui (mai 2026), cet espace est vide et en cours de réaménagement 

Elle est ornée de modèles de vêtements de l’époque en papier

Le « placard » de la reine Caroline


Une foule de portraits de personnes jeunes ou âgées entourait autrefois le visiteur dans cette salle.

Avant que le placard ne serve de coin de rangement pour les vêtements, c’était un lieu d’exposition de trésors personnels.

Ici, dans cet espace semi-privé, la Reine Caroline conservait sa collection de portraits, suite à sa grande découverte historique et artistique. Elle avait trouvé un portfolio de dessins par Holbein le Jeune, d’Henri VIII et de sa Cour (vers 1530), oubliés dans un ancien cabinet de Kensington. Ces dessins ont formé le cœur de sa propre collection et renforçaient la légitimité du récit de continuité entre les dynasties.

La Galerie du Roi



William Kent, peintre, qui succéda au célèbre architecte Sir Christopher Wren dans la direction des travaux à Kensington, rénova la galerie peu avant l’accession de George II au trône. Il habilla les murs de tissu damassé couleur cerise, installa la grande cheminée et peignit les portes en blanc avec des décorations dorées. Il a lui-même peint les 7 tableaux qui ornent le plafond, avec des épisodes de la vie du héros Homérique, Ulysse.

         

Au-dessus de la cheminée se trouve « le cadran à vent » sur la carte de la région
                         
Il a été installé en 1694 par le cartographe Robert Morden, sur une peinture de Robert Robinson et probablement avec un mécanisme du célèbre horloger de l’époque Thomas Tobion. Reliée par un système de poulies et de chaînes à une girouette sur le toit du Palais, elle donne la direction du vent. Ainsi, le Roi pouvait suivre les conditions météorologiques et calculer la possibilité d’une arrivée tardive de navires marchands, voire le risque d’attaque par la mer.
Le cadre décoratif est plus tardif, vers 1725, réalisé par William Kent.




La sortie de la Galerie du Roi nous conduit à nouveau à l’escalier monumental que nous descendons pour rejoindre les appartements d’État respectifs de la Reine.



L’Escalier de la Reine

On arrive à la partie la plus ancienne du palais où Mary II vivait, lorsqu’elle arriva ici en 1689 avec son mari Guillaume III d’Orange.



L’arbre généalogique des Stuart

Le mariage de Mary avec un protestant et sa succession par sa sœur Anne (la feuille d’or sur l’arbre) maintinrent la Dynastie sur le trône encore quelques années. Puis le trône passa à la maison de Hanovre, contournant 56 prétendants légitimes catholiques.






Les Stuart exilés sont honorés par un monument magnifique, sur leur tombe familiale par Antonio Canova, à l’intérieur de l’église Saint-Pierre à Rome.
Les frais d’achèvement du monument furent payés par George III, en signe de réconciliation avec l’ancienne dynastie.



 La Reine Mary II, a grandement influencé son époque mais sa mémoire est aujourd’hui quelque peu négligée. Avec son mari Guillaume d’Orange, ils menèrent les troupes qui renversèrent son père catholique Jacques II et regnerent en Grande-Bretagne en tant que co-rois. Ils ont accepté le contrôle parlementaire sur la monarchie.

Mary II était également une collectionneuse passionnée. Sa galerie était remplie de tapisseries brodées en soie, de tapis perses et de plus de 150 porcelaines provenant de Chine et du Japon.
Elle a commandé des jardins inspirés de ceux d’Hollande, à Kensington, afin que son mari se sente chez lui.

Les services concernés ont désormais pris en charge le réaménagement complet des appartements de la Reine Mary, ce qui explique pourquoi la plupart des peintures et autres objets ont été temporairement retirées. Cependant, le portrait du Tsar de Russie Pierre le Grand, persuadé par son hôte Guillaume de poser pour Sir Godfrey Kneller lors de sa visite à Kensington, est toujours exposé.



Le Tsar séjourna chez l’écrivain Jean Evelyn, où il laissa des fenêtres brisées, des impacts de balles dans les tableaux et utilisa de nombreux sièges et même des marches d'escalier comme bois de chauffage !


Malgré l’absence de nombreux objets habituellement exposés ici, l’atmosphère de l’espace subsiste.
De temps à autre, un musicien du Palais anime la gallerie de la Reine, en jouant au clavecin qui s’y trouve.


Ensuite, le cabinet de la Reine

En fait son bureau personnel



Le portrait de la Reine Anne, réalisé par Sir Geoffrey Kneller, y est exposé

Les deux sœurs étaient très proches, quand elles étaient jeunes. Après le retour de l’aînée comme Reine, l’influence de Lady Sarah Churchill fut jugée nefaste sur la Princesse Anne. Elles ne se sont jamais réconciliées. Plus tard, bien sûr, la relation entre Anne et Sarah prit fin de façon dramatique, très probablement en ce lieu même.
(Beaucoup se souviendront du film de Yorgos Lanthimos « The Favourite », avec les événements de cette époque).

La salle à manger et le salon de la Reine


Dans ces salles en cours de réamenagement, les conservateurs du musée ont choisi de commémorer la mort du couple royal.

Mary fut la première à tomber malade de la variole en 1694, à seulement 32 ans. Malgré le risque d’infection, le Roi resta près d’elle jusqu’à la fin.

En 1702, huit ans plus tard, William se fractura la clavicule dans un accident équestre au palais de Hampton Court, à Londres. Ils l’ont remise à sa place de façon précaire, puisqu’il insistait rentrer à Kensington immédiatement. Là, elle se brisa de nouveau et la blessure ne guérit pas, entraînant le Roi à la mort en quelques jours. La bague de Mary fut retrouvée sur un ruban noir autour de son cou, avec une boucle de ses cheveux.


La chambre de la Reine



Voici l’une des nombreuses chambres de la Reine à Kensington



Il est très probable que c’est dans ce lit que le demi-frère de Mary, James, naquit en 1688.
L’année suivante, ses parents  s’enfuirent avec le nourrisson, lors de la « Glorieuse Révolution » de 1689.

Son existence menaçant la succéssion, les ennemis de la branche catholique firent circuler la rumeur que le nourrisson était né mort et remplacé par un autre.

Il vécut toute sa vie en exil et repose dans le monument mentionné ci-dessus à Rome sous le nom de Jacques III, avec ses fils, « Bonnie Prince Charlie » et Henri, Cardinal Stuart.


Dans le palais de Kensington actuel, il y a 3 espaces ouverts au public.



Les pièces que nous avons visité sont dédiées aux premiers rois qui y ont vécu.

Les pièces où la reine Victoria a passé son enfance
serons abordées dans un autre article


Une broche de la reine Victoria exposée là-bas


Ainsi que l’éspace des expositions temporaires

où cette année sont présentés les souvenirs de la dernière dynastie de Lahore,

 des princes Dulip Singh, propriétaires du célèbre diamant Koh-i-nur (montagne de lumière) qui vécurent exilés en Grande-Bretagne, gardant leurs rang de Princes de l’Empire.



Portrait de la mère de Dulip Singh, Maharani Jid Kaur, en exil




Une grande partie des jardins est ouverte au public

Des membres de la famille royale britannique ont vécu dans des bâtiments adjacents.

La Princesse Margaret, comme la Princesse Diana, y vécurent depuis leur mariage jusqu’à leur mort.

Aujourd’hui, les familles des Ducs de Kent et de Gloucester y habitent.


Photos et textes © par Iannis Kallianiotis, sauf indication contraire.

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