Palais de Kensington. Victoria, l'héritière inattendue

                                                        

 Palais de Kensington

 Victoria, l’héritière inattendue

L’enfance. L'ascension au trône à 18 ans !


Texte et photos ©  Iannis Kallianiotis sauf indiquation contraire

La majorité des informations et leur formulation provient des pancartes accrochées à Kensington Palace


Visitons les lieux où Victoria a grandi, les pièces du Palais de Kensington qui sont aujourd'hui dediées à son enfance


Portrait de Victoria à 13 ans


Heritière inattendue, pourquoi ?

Son grand-père Georges III (1738-1820), avec sa Reine bien-aimée Charlotte (1744-1818), eurent 17 enfants. Vers 1800, ces 17 enfants n’avaient qu’une seule ( !)  héritière légitime et 56 autres enfants extraconjugaux, connus.

La seule descendante légitime, était la Princesse Charlotte de Galles, fille de George IV et son épouse divorcée Caroline de Brunswick. Charlotte était mariée à Léopold de Saxe Cobourg et Gotha, Prince dynastiqement apte et politiquement habile.Elle meurt tragiquement aux couches d’un garçon mort-né, laissant pour successeurs une série d’oncles célibataires d’âge très mûr, avec de nombreuses liaisons extraconjugales, des enfants hors mariage et de dettes importantes.



                  Charlotte de Galles (1796-1817), par Alfred Chalon, vers 1817-1819

Jeune et pleine de vie, la princesse Charlotte, fille unique du Roi George IV, semblait destinée à devenir une Reine populaire. Mais en 1817, la tragédie frappa lorsqu'elle mourut après avoir donné naissance à un fils mort-né. Elle n'avait que 21 ans.  


                                                                                                                                                

                                           Léopold de Saxe Cobourg et Gotha (1790-1865)

Veuf de la Princesse de Galles et très apprécié par les Chancelleries européennes, il fut le conseiller de sa sœur la Duchesse de Kent, ainsi que de sa nièce la Princesse Victoria.
Il refusât le Trône de la Grèce proposé à lui, et accepta celui de la Belgique où il fonda sa Dynastie qui y règne encore aujourd'hui.
Il favorisa le mariage de Victoria avec son cousin germain Albert, son propre neveu.


LES FILS DE GEORGES III

La dynastie de Hanovre régna sur la Grande-Bretagne et le Hanovre de 1714 à 1837, assurant la religion protestante de la Couronne. Avec l’accession de Victoria au trône, en raison de la loi salique en Allemagne, la couronne de Hanovre passa à l'aîné de ses oncles vivants, Ernest Auguste (1771-1851).



             George IV, père de Charlotte (1762-1830)                    William IV (1765-1837)

              Frédéric, Duc d’York et Albany (1763-1827)      Adolf Frédéric, Duc de Cambridge (1774-1850)

    Ernest-Auguste, Duc de Cumberland  (1771-1851)      Auguste-Frédéric, Duc de Sussex (1773-1843)                            Régna à Hanovre (1837-1851) 

Leur devoir dynastique était de ne pas laisser le Trône orphelin. Alors ils se précipitèrent pour contracter des mariages princiers et... enfanter. 

Le vainqueur de cette course Royale fut le Duc de Kent, qui épousa la sœur de Léopold, veuve et déjà mère de deux enfants. Un an plus tard, Victoria naît et en huit mois son père meurt.



Victoire, Duchesse de Kent (1786-1861), par George Dow, 1818. 

La mère de Victoria était vive, élégante et gentille. Veuve Princesse Allemande, elle épousa Édouard, Duc de Kent, en 1818. À la mort soudaine du Duc moins de deux ans plus tard, elle s'est sentie « seule, presque sans amis et inconnue » en Grande-Bretagne. Accablée par d’énormes dettes, elle dut élever seule l' héritiere du trône.



Édouard, Duc de Kent (1767-1820), par George Dow, 1818.

Le père de Victoria fut un militaire dur, mais un mari et un père aimant. Il était fier de la  bonne constitution et du caractère fort du nourrisson. Il l’appelait son « Hércule de poche ». Malgré un début brillant et heureux, sa vie familiale fut courte. Edward mourut subitement alors que Victoria n’avait que 8 mois.

Le Duc et la Duchesse de Kent vivaient allégrement avec leur fille prés de la mer. En marchant un jour le Duc était trempé et pris froid. Dans quelques jours il etait mort. Son épouse abassourdie est revenue seule à Kensington avec le bebé.

La Duchesse savait qu il y avait de fortes probabilités que sa fille serait un jour Reine. Elles sont rentrées donc habiter dans ces pièces de Kensington. Leur histoire deviendra légendaire.

Le nom du bebé était Alexandrina Victoria (appelée en privé Drina).

"Mon cœur est malade et très seul, car je n’ai jamais été séparée d’Edward depuis notre mariage. Mon cher petit Vickelchen! Dieu a été bon avec moi et m’a permis d’avoir un tel trésor."

(Lettre privée de la duchesse de Kent, 1820.)


LE BÉBÉ AU PALAIS


« Une jolie petite princesse, dodue comme une perdrix »
Duchesse de Kent, lettre personnelle, 1819.




Par un matin de printemps tout à fait ordinaire au palais de Kensington, un événement extraordinaire se produisit. Dans cette pièce, le 24 mai 1819, Victoria naquit.
Son père, le duc de Kent, était aux côtés de sa mère. Le duc était inquiet car l'accouchement était extrêmement dangereux.
Deux médecins s'occupèrent de l'accouchement, dont, chose plutôt inhabituelle, la première femme gynécologue d'Allemagne, Charlotte Heidenreich von Siebold, qui avait voyagé à Londres avec la Duchesse.

« Il n'est pas possible de faire preuve de plus d'activité, de plus de zèle et de plus de connaissances que [Siebold] », s'exclama le duc reconnaissant après la naissance sans incident de Victoria. Trois mois plus tard, Siebold accoucha un autre bébé royal : le cousin de Victoria, Albert.
Le jour de sa naissance, Victoria était cinquième dans l'ordre de succession au trône.



L' APPARTEMENT DES KENT


"L'appartement... n'aurait pas pu être plus confortable... calme, proche de la ville mais... avec la vue sur le plus magnifique parc avec un joli plan d'eau"
Duc de Kent, 24 mai 1819




Lorsque le Duc et la Duchesse de Kent, enceinte, arrivèrent à Kensington, cette pièce était une salle à manger.
Le couple réalisa que c'était la meilleure pièce pour que la Duchesse accouche, car les cuisines étaient juste en dessous pour l'approvisionnement en eau chaude et les officiels pouvaient se rassembler à côté pour assister à la naissance.
De luxueux rideaux blancs et verts, des tapis, un lit à baldaquin et un berceau en acajou furent rapidement installés. Le mobilier présent aujourd'hui est similaire à celui documenté dans la pièce en 1819 et était utilisé dans les palais royaux de l'époque.





C’était une équipée royale triste, qui est revenue à Kensington.


"Je n'ai jamais eu une enfance heureuse, jamais un père"
Lettre privée de Victoria, 1840.


Les mémoires de la Reine Victoria du Palais de Kensington variaient entre affection pour son "dear old Home" et tristesse pour les scènes douloureuses et désagreables qu'elle a vecu ici. Elle a crée une mythologie personnelle de triomphe sur fond d'une enfance profondément malheureuse et limitée.
Pourtant, la véritable histoire est bien plus compliquée.


                                    

Victoria, à l'âge de 2 ans.

 La Duchesse adorait sa fille et était une mère protectrice. Dans cette miniature, la princesse de deux ans porte un collier de corail – un talisman traditionnel contre tous les maux.

« Un enfant merveilleux et vif, assis par terre avec ses jouets, j’étais vite devenu l’un d’eux ». William Wilbefors, visiteur au palais de Kensington en 1820.

Le premier souvenir de Victoria est de ramper sur le tapis jaune. Sans frères et sœurs de son âge, elle était comblée de jouets, de poupées, de peintures, de livres et d'attentions.



Les jouets de Victoria, typiques pour un enfant de famille aisée, landau de poupée, jeu solitaire, et jouet mécanique fabriqué en Chine!
Ces jouets furent abandonnés lors son déménagement à Buckinham et retrouvés des décennies plus tard.


La maison de poupée de Victoria (1825-1835). Ce manoir londonien à petite échelle était quelque chose d’ordinaire pour une Princesse. Il a probablement été construit par le personnel avec les matériaux disponibles. Le bois de l’étage supérieur est composé de plinthes et les panneaux roses en forme de feuille sur les portes sont des vestiges de papiers peints du palais perdus depuis des années.


L’ EDUCATION DE LA JEUNE VICTORIA

"Je recommande vivement...de donner un nouvel élan aux études de la Princesse".
Extrait du journal de la Duchesse de Northumberland, 20 Mai 1832.

La Duchesse en assumant la charge de gouvernante de la jeune Victoria, trouva  parties de son education  "lentes et arrierées ". Elle a appelé a "une rapide avancée de son instruction" afin de corriger le rythme de lecture lent de la Princesse. Elle note attentivement le progrés de Victoria en ses lessons, allant de "passablement attentif " à particulierement bon".

Le programme de Victoria etait bourré de lessons. L'emploi du temps etait envoyé à la Duchesse de Northumberland quand elle a pris la charge de gouvernante de la Princesse.

La Gouvernante Northumberland a permi de donner tu temps au jeu, mais a augmenté le temps de lecture et inclu 15 minutes d'instruction religieuse chaque matin.



Charlotte, Florentia Percy
Duchesse de Northumberland (1787-1866)

Comme gouvernante, la Duchesse de Northumberland tenait beaucoup à sa Princesse "bien aimée" et se souciait profondement de son éducation. 
Elle donnait priorité à la religion, la conciderant comme "formative de toute Education".
Elle partageait aussi l'amour de l'art avec la Princesse, comme indique la présence de la boite à peinture et les ésquisses dans ce portrait.

L'organiste de Westminster, Mr Sale a instruit Victoria à jouer du piano, mais elle s'est révoltée, quand il a insisté sur la necessité des exercices répétitifs en criant: "rien m'y oblige"!

Victoria adorait l'histoire et a appri l'Allemand, le Francais, le Latin et l'Italien.


                                                  

Cage à oiseaux avec un colibri méchanique, vers 1800.

La Princesse possedait une vraie cage à oiseaux pour son perroquet Brézilien Pédro, qui était "la plus docile des petites créatures".



Louise Lehzen 1784 - 1870

 Victoria sur Louise Lehzen, à sa mort en 1870: Elle a devoué sa vie à moi..."Je l'adorais, même si j'avais aussi peur d'elle".

Louise Lehzen était fille d'un pasteur Allemand. Une femme "de simple bon sens", elle est venue en Angleterre en 1819 pour s'occuper de la demi-soeur de Victoria, Feodora.

Comme gouvernante de Victoria, dès 1824, elle a eu sur elle une influence durable.

Lorsqu'elle domptait pas son comportement turbulent, elle encourageait l'amour de la Princesse pour la musique, les poupées et la danse.

Elle encourageait aussi sa tendence d'être indépendante de sa mère et de son contrôleur des finances, John Conroy et en ceci avait le soutien des oncles de Victoria.

Quand Georges IV a trouvé que sa nièce était trop entourée de "commoners", la Duchesse de Kent a demandé l'annoblissement de l'entourage, obtenant le titre de Sir pour John Conroy.

Lehzen est devenue Baronne Hanoverienne.

L'influence de Lehzen a commencé à térnir dès le mariage de Victoria avec Albert et elle s'est retirée en Allemagne.


LE SYSTEME KENSINGTON

C'etait le système de règles mises en place par la Duchesse de Kent et Sir John Conroy pour assurer l'éducation adequate de la future Reine Victoria, mais surtout le contrôle de sa personnalité et de ses mouvements politiques, afin d' exercer le maximum d'influence sur elle.

Inutile de préciser que le système a échoué sur les rochers du charactère fort de Victoria, soutenue en ce but par la Cour et ses oncles paternels et maternel.



Sir John Conroy (1786-1854), par Henry William Pickersgill, 1837, huile sur toile

Conroy conseilla à la Duchesse d'exercer un contrôle strict sur Victoria. « Souvenez-vous », l'avertit-il,   «qu'une fois votre autorité perdue, vous la recupérerez jamais». Lorsque Victoria tomba gravement malade en 1835, il tenta de profiter de sa faiblesse en la forçant à le nommer secrétaire particulier lorsqu'elle deviendrait reine. Mais Victoria refusa, et sa tentative de prise de pouvoir échoua.



Boîte à musique avec des poupées dansantes

L'amour de Victoria et de Lehzen pour le ballet se reflète dans beaucoup de ses jouets. Les danseurs de cette boîte à musique tournoient sur eux-mêmes lorsque la mélodie retentit. 


 La demi-soeur bien aimée

 

Feodora de Hohenlohe-Langenburg (1807-1872), par Karl Jacob Theodor Leybold, 1829
Huile sur toile

Sur la suggestion de Conroy, Feodora épousa Ernest de Hohenlohe-Langenburg au Palais de Kensington en 1828. Les journaux rapportèrent que Feodora et sa demi-sœur, Victoria, portaient des robes en dentelle de fil du Buckinghamshire. À la grande consternation de Victoria, les mariés partirent vivre en Allemagne après le mariage.

Ernest de Hohenlohe-Langenburg (1794-1860), par Karl Jacob Theodor Leybold, 1829
Huile sur toile

Bien que Victoria regrettât Feodora, elle savait qu'Ernest la rendait heureuse. Néanmoins, Feodora avait le sentiment d'avoir abandonné Victoria. Quinze ans plus tard, elle écrivit : « J'ai échappé à des années d'emprisonnement que toi, ma pauvre et chère sœur, tu as dû endurer après mon mariage. Dieu merci, c'est fini ! »



Victoria à 11 ans (Richard Westall, 1830)

Occupée à dessiner, Victoria semble tendrement inconciente d'etre observée dans ce portrait réalisé par son maître de dessin Richard Westwall. Elle applique ses lessons avec attention. Le portrait a été commandé par la Duchesse et a attiré l'attention générale lorsqu il a été exposé en 1830, influencant les impressions du public sur Victoria, percue comme innocente et dilligente.



La Fiancée de Lammermoor, par Henry Gillard Glindoni, 1885
Huile sur toile

La relation de Victoria avec les romans était compliquée. Elle a décrit ne jamais se sentir « tout à fait à l'aise ou chez elle » en les lisant et a affirmé que le premier roman qu'elle a lu, à 19 ans, était le roman mélodramatique de Sir Walter Scott, La Fiancée de Lammermoor. En réalité, bien que prétendument découragée par sa mère, Victoria a lu plusieurs romans avant de devenir reine.



                                  

Ici, on est introduit dans une pièce du Palais qui est representée, entre salle de jeux pour enfants et salle de spectacles en miniature.


Des costumes de scène sont proposés aux visiteurs, tandis qu'on entend le shushotement des acteurs en préparation, et quelques mètres musicaux des "Puritains", sensés d'etre joués dans la salle-salon de spectacle.


                                       




PERFORMANCE ROYALE

« Les personnages de haut rang sont un peu comme des acteurs de théâtre : ils doivent toujours s'efforcer de plaire à leur public. »
Le Roi Léopold de Belgique, lettre à sa nièce, la Princesse Victoria, 1836.

Victoria adorait le théâtre et assistait à des concerts, au ballet et à l'opéra aussi souvent qu'elle le pouvait.
L'excitation de la scène devint l'échappatoire de Victoria aux contraintes moroses du Palais de Kensington.
Dans son journal, Victoria prenait plaisir à décrire ses intrigues, ses acteurs et ses costumes préférés avec une précision extrême.
Malgré les efforts déployés pour façonner son esprit et son tempérament, Victoria développa une imagination débordante. Elle écrivait des histoires mélodramatiques et se perdait dans des romans d'amour gothiques extravagants.



Cependant, à l'intérieur du palais, un nouveau drame se jouait. Alors que la Duchesse et Conroy se plaçaient au centre de la scène, Victoria devint l'héroïne tragique de sa propre histoire extraordinaire.


                                   


                            

Victoria à 13 ans, par Sir George Hayter, 1832, huile sur toile

Ce portrait a été peint pour l'oncle de Victoria, Léopold, et laisse entrevoir son futur rôle de Reine.
Léopold avait de grandes ambitions pour sa nièce. La Princesse est représentée comme une jeune femme idéale et élégante. Le château de Windsor est en arrière-plan et le globe terrestre et les livres témoignent de son éducation royale. Son chignon tressé volumineux, ressemble étrangement à une couronne.




QUÉRELLES FAMILIALES


"La princesse n'est pas aussi joyeuse et gaie qu'elle devrait l'être à son âge. Je crains qu'elle ne soit pas à l'aise..."
La Duchesse de Northumberland dans son journal, 4 mars 1835

L'adolescence de Victoria fut marquée par des conflits. La mort de Georges IV inaugura le règne de son frère, Willam IV. En tant que nièce de Willam, Victoria était désormais l'héritière du trône.
Encouragée par Conroy, la mère de Victoria chercha à obtenir une plus grande reconnaissance officielle pour la Princesse et plus d'espace pour sa maisonnée, ce qui entraîna un conflit amer avec le roi.

La Duchesse et Conroy organisèrent également des visites en Angleterre et au Pays de Galles pour la Princesse, visitant des usines, des moulins et des carrières. Willam IV trouva ces visites «dégoûtantes» et s'inquiéta de l'exposition de Victoria à la « société mixte ». 
Mais la mère de la Princesse ne se laissa pas décourager. Elle s'intéressa de manière progressiste aux ouvriers et à l'industrie, insistant pour que Victoria rencontre des personnes de « toutes les classes ».

Alors que les tensions montaient, le comportement intimidant et manipulateur de Conroy s'intensifia, mettant Victoria mal à l'aise. Soutenu par la Duchesse, il tenta de s'emparer du pouvoir, mais la Princesse lui tint tête.
La relation de Victoria avec sa mère ne s'en remettrait jamais complètement.




Roi William IV (1765-1837), par Sir David Wilkie, 1837

La Duchesse a refusé de laisser Victoria assister au couronnement de son oncle, William IV, en 1830. Victoria était inconsolable.
Après que la Duchesse se soit installée dans les appartements d'État du Palais de Kensington sans autorisation, la relation déjà tendue entre la Duchesse et le Roi s'est complètement détériorée. 
Un William furieux l'a insultée devant des centaines d'invités lors de son banquet d'anniversaire.



                                
La Reine Adélaïde (1792-1849), par Henry Bone, 1832. Émail sur cuivre

Adélaïde épousa le futur William IV lors d'une cérémonie commune avec les parents de Victoria. Les deux belles-sœurs Allemandes étaient initialement en termes amicaux, mais lorsqu'Adélaïde critiqua Conroy, la Duchesse rompit les liens avec elle. 
Adélaïde endura la mortinaissance, une fausse couche et la mort de deux filles en bas âge, mais elle traita toujours Victoria avec bienveillance et elles restèrent proches.



                           Sir James Clark (1788-1870), par John Andrews, 1853, Huile sur toile

Le docteur Clark s'est occupé de Victoria pendant sa grave maladie à Ramsgate.
Il lui a recommandé d'utiliser un bureau debout, de prendre un bain chaud tous les quatre jours et de mâcher lentement.
L'attitude de Clark rassurait toujours Victoria. « Le docteur Clark dit que je vais devenir très grande après ça », a-t-elle rapporté joyeusement. Ce ne fut cependant pas le cas, elle s'arrêtant à 155 cm (5 pieds 1 pouce et quart).


LE BAL D'ANNIVERSAIRE


Son Altesse Royale la Duchesse de Kent a donné un bal en grande tenue, Lundi soir au Palais de Kensington. 
Leurs Altesses Royales la Duchesse de Kent et la Princesse Victoria se sont retirées à quatre heures, lorsque les danses ont cessé... [c'était] l'un des plus brillants de la saison, et marqué par la variété des danses présentées.
Court Circular, Mercredi 1er juin 1836




Un peu après 10 heures, le bal commença... J'ai dansé 5 fois. 1ère avec le duc de Brunswick, 2ème avec Georges de Cambridge, 3ème avec le prince Guillaume des Pays-Bas, 4ème avec Ernest et 5ème avec le prince Alexandre des Pays-Bas... Après le souper, j'ai dansé avec mon cher Albert.
Victoria, 30 mai 1836.

Leurs Altesses Royales la Duchesse de Kent et la Princesse Victoria vous souhaitent la bienvenue au Palais de Kensington


Son Altesse Royale le Prince Georges de Cumberland
Son Altesse Royale le Prince Georges de Cambridge
Son Altesse Royale le Prince héréditaire Guillaume d'Orange
Son Altesse Royale le Prince Alexandre d'Orange
Son Altesse Royale le Prince héréditaire Ernest de Saxe-Cobourg
Son Altesse Royale le Prince Albert de Saxe-Cobourg


Victoria fut présentée à une série de prétendants potentiels lors du bal donné au palais de Kensington. Elle adorait les soirées tardives et la danse, mais résistât à la pression pour se marier pendant encore quatre ans, faisant preuve de confiance et de détermination pour son indépendance.




Le 24 mai 1836, Victoria a eu 17 ans et sa mère a donné un bal somptueux dans cette salle.

Des feux d'artifice ont illuminé les jardins de Kensington et les artistes préférés de Victoria ont joué et chanté tard dans la nuit.




La question de savoir qui Victoria épouserait, avait été vivement débattue depuis qu'elle avait 11 ans. Maintenant qu'elle était une jeune femme, plusieurs maris potentiels ont été invités au bal.

Le Roi William IV avait en tête une union politiquement avantageuse avec un Prince des Pays-Bas, mais la famille Allemande de Victoria avait d'autres projets. Son cousin germain, Albert, était leur préférence.

Dès leur rencontre, Victoria et Albert se sont fait une impression durable l'un sur l'autre.
Entre-temps, la santé du Roi commençait à décliner et l'indépendance que Victoria désirait tant était enfin en vue.




Prince Albert (1819-1861), par Emil Wolff, 1839,Marbre

Victoria fut immédiatement charmée par Albert, le décrivant comme « plein de bonté et très intelligent ». Mais contrairement à Victoria, son cousin sérieux et légèrement timide avait du mal à suivre le rythme des fêtes et des divertissements que la Duchesse avait organisés.

Le jour de l'anniversaire de Victoria, il resta « un court instant dans la salle de bal et, n'ayant dansé que deux fois, devint pâle comme un linge et se retira tôt ».







UN ANNIVERSAIRE INOUBLIABLE

Buste de Giulia Grisi. par Angelo Francesco Bezzi,1851. Marbre.

Pour célébrer les 190 ans du 16e anniversaire de Victoria, sa chanteuse préférée, Giulia Grisi, est « de retour » au palais de Kensington. Dans cette pièce, le 18 mai 1835, Grisi s'est produite pour l'anniversaire de la princesse. Victoria la trouvait « très belle ».

La princesse idolâtrait Grisi, la décrivant comme « un modèle pour une statue ». Les traits statuaires qui ont tant captivé la jeune fan royale sont ici traduits dans le marbre.



DEVENIR REINE


« Je ne peux vraiment pas exprimer à quel point je suis fière d'être Reine d'une telle nation. »
Reine Victoria, 28 juin 1818


À l'aube du 20 juin 1837, le palais s'éveilla sous les coups violents frappés aux portes.
 Le Lord Chambellan et l'archevêque de Canterbury étaient arrivés pour annoncer la nouvelle de la mort du Roi.

Victoria était désormais Reine.

Quelques semaines plus tôt, Victoria avait eu 18 ans, anéantissant le projet de sa mère d'être Régente. 

La jeune Reine était tout juste en âge de régner seule et, plus tard dans la matinée, elle tint son premier Conseil Privé dans cette pièce.

Victoria savourait sa nouvelle indépendance. Elle s'installa au Palais de Buckingham, congédia Conroy, relégua sa mère à l'autre bout du Palais et nomma Lehzen dame d'honneur.

Un an plus tard, une foule immense et enthousiaste bordait le chemin menant à l'abbaye de Westminster pour le couronnement de Victoria.
 De grands défis l'attendaient, mais ce soir-là, après un début de règne triomphal,
 Victoria était sûre d'elle et de sa popularité.

Elle était enfin libre


                                        

Robe portée par Victoria, par un créateur inconnu, vers 1843

Victoria porta cette robe au début de son règne. Ses fleurs éclatantes et sa silhouette élégante témoignent d'une indépendance nouvelle après Kensington Palace.
N'étant plus habillée par sa mère, Victoria était désormais une jeune femme pleine de vie. Après des années en blanc, la vie de la petite princesse s'était soudainement illuminée de couleurs.







« La Princesse est une jeune femme très intéressante, et sa robe simple, d'une simplicité presque austère, s'accorde bien avec ses traits avenants, d'une nature aimable, douce et intelligente. »
Staffordshire Advertiser, 27 octobre 1832

La Duchesse tenait à éloigner Victoria des « défauts des règnes précédents ». En l'habillant simplement, souvent en blanc, elle façonna une image modeste et saine pour la Princesse. 
Le 20 juin 1837, Victoria prit la responsabilité de sa propre image lorsqu'elle entra dans cette pièce pour accomplir son premier devoir officiel en tant que reine.



Le premier conseil de la Reine Victoria, par Henry Brooks, d'après Sir David Wilkie, 1891
Huile sur toile

En deuil du Roi, Victoria portait du noir pour prendre la parole à son premier Conseil Privé dans cette salle.
Wilkie l'a peinte en blanc pour symboliser sa jeunesse, son innocence et un nouveau départ pour la nation.
Cependant, la nouvelle Reine fut déçue. Elle qualifia ce tableau de « l'un des pires que j'aie jamais vus ».



Maquettes des personnages du tableau posées sur la table du premier Conseil




 

Fac-similé des dessins du collier de l'Ordre du Bain
Par Rundell, Bridge & Co., 1838

Les insignes que Victoria a hérités de ses oncles ne convenaient pas à une Reine.

Les colliers habituels en or ou en métal doré étaient trop lourds pour la petite silhouette de Victoria, et un ensemble de colliers plus légers et plus délicats a donc été confectionné par les joailliers royaux.

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Étoile de l'Ordre de la Jarretière
Par Rundell, Bridge & Rundell, 1820-1830

Collier de l'Ordre de la Jarretière
Par Rundell, Bridge & Co., 1837

Les nouveaux modèles complétaient les décolletés larges à la mode de l'époque et permettaient à Victoria de porter deux colliers ensemble. 

Elle portait fréquemment l'insigne du plus ancien et du plus important ordre, l'Ordre de la Jarretière, lors des cérémonies royales.

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William Lamb, 2e vicomte Melbourne (1779-1848), par John Partridge, 1840-1850
Huile sur toile

À neuf heures du matin, Victoria rencontra son Premier ministre, Lord Melbourne.

Le couple s'entendit immédiatement. « Je l'aime beaucoup », conclut-elle, « et j'ai confiance en lui ».

Avec des conseils doux et sans condescendance, Melbourne guida Victoria dans ses premières fonctions officielles de Reine.

En quelques mois, il avait remplacé Léopold comme principal conseiller de Victoria.










« Il n'y aurait aucun avantage [à ce qu'] une jeune fille de 18 ans totalement inexpérimentée... gouverne un empire. »
Lord Palmerston, 26 mai 1837


Le couronnement était destiné à marquer la naissance d'une nouvelle ère pour la Grande-Bretagne.

Les oncles de Victoria, les Rois George IV et Willam IV, étaient profondément impopulaires, mais une jeune femme sur le trône représentait un changement considérable et bienvenu pour l'image de la monarchie.







Le couronnement de la Reine Victoria, par Edmund Thomas Parris, vers 1838
Huile sur toile

Victoria fut réveillée par des salves de canon le jour de son couronnement. Malgré son trac, elle resta parfaitement calme.

À l'intérieur de l'abbaye de Westminster, le manque de répétition était évident lorsque les porteurs de la traîne de la reine trébuchèrent dans l'allée. Mais Victoria ne le remarqua pas : « La vue était splendide », écrivit-elle, « [L]a loge des pairesses était tout à fait magnifique. »








Sur cette table est placé le buste décrit ci-dessous. Un buste froid, néo-romain.

Buste de Sir John Conroy, fabricant inconnu, vers 1837
Marbre

Victoria décrivait Conroy comme un « monstre et un démon incarnés ». Pourtant, le style et les dimensions de ce buste flatteur, le représentant en costume classique, suggèrent le caractère d'un homme d'État respecté.

Une fois Reine, Victoria a banni Conroy de son service personnel. 

Par conséquent, il a peut-être commandé ce buste pour promouvoir et protéger son héritage.




Victoire, Duchesse de Kent (1786-1861), par Franz Xaver Winterhalter, 1857
Huile sur toile

Victoria continua de nourrir du ressentiment envers sa mère, issu des conflits survenus durant son adolescence.

La mort de la Duchesse en 1861 raviva des souvenirs douloureux, incitant Victoria à redécouvrir des souvenirs précieux, dont certains sont exposés dans ces pièces.

Malgré quelques actions malavisées, le dévouement inébranlable de la Duchesse envers sa fille était incontestable.





La Reine Victoria (1819-1901), par Thomas Sully, 1837-1839
Huile sur toile

Victoria a posé pour 15 artistes l'année de son couronnement, dont le portraitiste Américain, Thomas Sully.

 Il a attendu cinq mois à Londres avant de commencer enfin ses séances avec la nouvelle monarque.

 Sully a été frappé par sa jeunesse et se souvient avoir peint une « jeune fille innocente et joviale de dix-huit ans » accompagnée de dames d'honneur rieuses et d'animaux de compagnie vifs.





Le Palais de Kensington nous offre aussi un bonus magnifique 
que je vous ai reservé pour la fin de cet article





Une parure Royale




La plus grande partie de la parure d'émeraudes de la Reine Victoria







Le diadème d'émeraudes de la Reine Victoria
1845

Le Prince Albert a travaillé en étroite collaboration avec le joaillier de la Reine, Joseph Kitching, pour concevoir un diadème qui compléterait la parure d'émeraudes et de diamants de Victoria, présentée ci-dessus. Cette pièce exquise témoigne des talents créatifs d'Albert. La Reine, ravie du cadeau, a écrit dans son journal à propos du « merveilleux goût » de son mari.



Dans ce tableau de Winterhalter de 1846, on peut apercevoir d'autres boucles d'oreilles et une broche devant de corsage avec des éméraudes cabochon qui on fait peut-être partie d'un autre partage. 

Cette parure est un prêt des administrateurs du 3eme Duc de Fife





Collier, boucles d'oreilles et broche d'émeraudes de la Reine Victoria
1843

Le Prince Albert a conçu cet ensemble de bijoux assortis, appelé parure, pour Victoria. La Reine a porté l'ensemble lors d'un banquet au Trinity College de Cambridge pour célébrer la nomination de son mari comme chancelier. Victoria a noté d'autres occasions où elle a porté cet ensemble, notamment au baptême du prince Alfred, où elle les a associés à la dentelle de sa robe de mariée.

Prêt des administrateurs du 3eme Duc de Fife




Suivent deux diadèmes Princiers




Collier-diadème en diamants de la Princesse Louise
vers 1890

Ce diadème était un cadeau de mariage offert à la Princesse Louise, petite-fille de la Reine Victoria, par ses parents, Bertie et Alexandra, Prince et Princesse de Galles. 
Son design s'inspire des costumes traditionnels russes. Les liens familiaux entre les familles royales Britannique et Russe ont contribué à la popularité de ce style en Europe au XIXe siècle. 
Sa construction ingénieuse permet également de le porter comme un collier, comme le montre la photo.

Prêt des administrateurs du 3eme Duc de Fife.


                               

La Princesse Louise, Duchesse de Fife




Le diadème de diamants de Fife
1887

La Princesse Louise, petite-fille de la Reine Victoria, a reçu ce diadème le jour de son mariage de la part de son époux, le Duc de Fife.
Conçu par le célèbre joaillier parisien Oscar Massin, les diamants en forme de poire sont sertis de manière mobile, ce qui leur permet de bouger et de capter la lumière lorsque le diadème est porté.

Accepté en lieu et place des droits de succession par le gouvernement de Sa Majesté, provenant de la succession du 3eme Duc de Fife, et attribué au HRP pour le Palais de Kensington, 2017.


                                





Pile




 Face


                                 

et 

Fin


Texte et photos © Iannis Kallianiotis sauf indiquation contraire

La majorité des informations et leur formulation provient des pancartes accrochées à Kensington Palace




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