Mystrâs, lueurs des derniers Paléologues - premier volet


 Mystrâs, lueurs des derniers Paléologues

Premier volet: La ville haute

Ste Sophie, le Palais des Déspôtes


Texte et photos © Ioannis Kallianiotis, sauf indication contraire.




Les Paléologues furent les derniers à régner sur Mystrâs, capitale du Déspotât de Morée et ville-forteresse sur la colline homônyme, qui se trouve à coté de la ville de Sparte au Peloponnèse.

(Mystrâs / Myzithrâs = boule conique de fromage frais).

On se rapelle qu' après la conquête de Constantinople par les Croisés en 1204, quatre états Byzantins se sont formés. L' empire de Nicée en Bithynie, l'empire de Trébizonde, le Déspotât d'Epire et le Déspotât du Morée.

Le fort initial de Mystrâs était bâti par Guillaume II de Villehardouin en 1249. Il fut cédé aux Byzantins en échange de sa libération.
Avec la reconquête Byzantine les habitants de Sparte ont habité la colline afin d'assurer leur protection.

Mystrâs fut la capitale du Déspotât du Morée, embellie d'églises et de Monastères d'abord par la dynastie des Cantacuzènes (1348-1382), puis par celle des Paléologues avant qu' ils deviennent les derniers Empereurs de Byzance. 


Le palais des Paléologues, seul palais Byzantin de trois étages subsistant de nos jours.

C'est un site que j'avais visité enfant, comme partie de la tournée patrimoniale faite par tout Grec de la diaspora qui le pouvait, afin de connaître ses racines, qui justement pour mon cas se trouvaient du côté maternel à Sparte .

Mystrâs dans les années 1970, lové dans une nature luxuriante était à l'époque une ruine, avec seulement 2 ou 3 églises ouvertes à la visite. Il dégageait cependant une énergie puissante et ce pouvoir fantomatique, qui renforcé de connaissances historiques, atisse l'imagination.

Depuis, des travaux importants étaient effectués, qui ont pris un essor significatif sous la houlette de Lina Mendôni, archéologue, Ministre de la Culture ces 8 dernières années, qui provient du "sérail", ayant servi pendant 16 ans aux postes clés du même Ministère, avant d'accéder à sa tête.
Le résultat est impressionnant sur tous les fronts, dans un pays où les archéologues depuis sa libération (1826-1830), ne savent pas où donner la tête.

Nous voilà enfin au berceau de la Renaissance Paléologienne, qui donna un éclat puissant aux dernières années de Byzance et dont la beauté de l'iconographie arrive jusqu'à nos jours comme un parfum d'encens de myrrhe.



Plan de Mystrâs

Dans le récit qui suit, les chiffres entre parenthèses font référence à ce plan



Rendu pictural de Mystrâs

Fin Septembre 2026 et nous nous trouvons devant une "Révolution de Palais". Fausse appellation certainement, qui démontre néanmoins le travail important de restauration, qui a duré 42 ans.

Les lieux restaurés étaient inaugurés en Mai 2026. Des travaux étaient effectuées partout dans la ville-forteresse avec comme embléme le Palais des Déspôtes, qui a retrouvé son toit, sécurisé ses fenêtres et fit renaître (dans la mesure du possible) sa Salle du Trône. 



On a préferé visiter le site en rentrant d'abord par le portail du haut (11) jusqu'au Palais (8), en ménageant nos ressources, car le relief est assez rude.

La deuxième partie de notre visite se fera par l’entrée principale basse (1) pour visiter St Demétrios (2), Pandânassa (13) et Perîvleptos (15).


MURS SOLIDES ET GRILLES DE FER


La porte supérieure de Mystrâs, située au point le plus élevé de la ville, n’était pas l’entrée principale de la haute ville, étant seulement de nature auxiliaire. Elle facilitait la communication avec les quartiers supérieurs et répondait aux besoins d’approvisionnement de l’acropole.

 
La ville byzantine est entièrement liée à l’existence d’un système de fortifications. 

Les villes des premiers siècles byzantins sont construites sur un terrain plat, généralement à la place des plus anciennes.

Les villes-fortifiées ultérieures, qui apparaissent depuis le VIIe siècle, sont basées sur les principes de l’art de fortification gréco-romaine. Dans certains cas, en fait, les murs préexistants sont simplement réparés.

Le noyau de la fortification est l’acropole située au point le plus élevé de la colline. 

Sa securité est assurée par une ou deux enceintes fortifiées, renforcées par des tours. Pour la communication de la ville avec ses environs, des portes sont ouvertes.

Les fortifications byzantines reflètent le développement lent de l’art de la guerre. La profonde évolution des fortifications, provoquée par la découverte de poudre à canon et d’armes à feu au XIVe siècle, ne se reflète en Grèce que dans les grandes forteresses côtières vénitiennes.



La descente vers St Sophie (10)


Vite on se retrouve sous l’ombre (!) d’un cyprès géant, devant l’église de Sainte Sophie (10)




Vestiges de mosaique d'un raffinement équivalent au mosaique du couronnement des Empereurs à 
St Sophie de Constantinople.

On retrouve des mosaïques analogues au Monastère St Jean à Patmos, et en profusion, à Venise bien sûr.



Le Pantocrâtor


Naissance de la Vierge, 3eme quart du 14eme siècle, St Sophie, Mystrâs, chapelle sud-est.



Vue depuis la colonnade exterieure de St Sophie

 Sous l'église, existent d'importantes cisternes d'eau, assurant l'approvisionnement d'une partie de la cité.




Depuis le parvis de l'église on aperçoit le Palais



Et en se retournant, on voit la forteresse bâtie par Villehardouin (12)





Des itineraires sont aménagés facilitant le parcours


qui mène au Palais


Un côté fantomatique subsiste encore dans plusieurs parties du site


La vue depuis l'esplanade du palais


L'aisle Est du Palais ou se trouvaient les appartements des Déspôtes


Photo prise depuis le Monastère de Pandânassa (13)
En pourtour rouge, la porte dite de Monemvassià, qui menait directement à l'aisle Est du Palais 
et liait le quartier haut avec le quartier bas de la ville.


Depuis la cage d'escalier, accès à l'étage des appartements privés des Déspôtes




Le Déspôte Manouil Cantacuzène arrive à Mystrâs en Octobre 1349, agé de 23 ans. 

Très vite il assure l'intégralité de ses territoires, reorganise le développement économique du Déspotât et entreprend un programme important de construction. Son épouse dynamique est Isabelle de Lusignan, d'origine Francaise et Byzantine.

Issu d'une des Dynasties Impériales, Manouil, voulait créer une micrographie de la cour impériale de Constantinople.

Il rajoute au palais une aile sur deux niveaux. Résidence à l'étage et éspaces auxiliaires au RdC



Aile des Cantacuzènes, plan du 1er étage


1. Salle de réception - Triklinion (survivance de la salle des banquets de la Grèce antique)
2. Chapelle
3. Espaces familiales
4. Salles d'eau
5. Antichambre de la salle du Trône


Les appartements privés


Une fois l'aile des Cantacuzènes construite, les appartements de la famille souveraine s'y installeront.

Le Déspôte Manouil Cantacuzène sera le premier à habiter ces appartements. Suivront les Déspôtes, Théodore I et Théodore II Paléologue, puis Constantin Paléologue qui deviendra le dernier Empereur de Byzance et le cycle se terminera avec Dimitrios Paléologue.



Vue depuis des fenêtres des appartements privés




Le palais était restauré. Maintenant il fallait "meubler". Mais comment?

Les technologies, aidées par les documents écrits et pictureaux se sont emparées des lieux.

Il y en a partout des écrans interactifs mettant à disposition les informations historiques.



Norwest, la Principauté d'Achaie, sud-est, le Déspôtat du Morée en 1394-1395

En changeant les dates on obtient les changements sur des territoires



Par exemple ici en 1264

Existe un choix d'au moins 4 langues


Autres écrans avec les membres des dynasties et leurs mariages (dynastiques bien-sûr)



Dimitri Cantacuzène

Dimitri, fils du Déspôte Manouil Cantacuzène, se rebelle en 1380 et avec l'appui des Turcs dispute le Déspotât à son cousin le Déspôte Théodore 1er Paléologue. Il est vaincu et meurt en 1384. 


Les trois Hélène




Eléni Paléologina (Hélène Théodore Paléologue)

Fille du Déspôte Théodore II Paléologue et de Kléofa Malatésta, née en 1428 à Mystrâs. Elle se marie avec le Roi de Chypre Ioannis II de Lusignan et apporte son soutien aux Orthodoxes en s'opposant aux Latins.
Après la chute de Constantinople en 1453 elle soutient les refugiés qui arrivent en Chypre. Elle meurt en 1458, avant que son lieu de naissance tombe sous les Ottomans (1460-1461).


Eléni Paléologina (Hélène Thomas Paléologue)

Hélène, fille ainée du Déspôte Thomas Paléologue et de Catherine Zaccaria, se marie en 1446 avec le souverain Serbe Lazaro Brancovic, dans le contexte de recherche d'appuis contre la menace Ottomane.




Eléni Paléologina (Hélène Dimitri Paléologue)

Fille du Déspôte Dimitri Paléologue et de Théodora Assanina, née en 1442. Elève de l'orateur et bibliographe Ioannis Dokianos. Après la conquête Ottomane du Déspôtat (1460-1461) et à la demande  du Sultan Ottoman Mahômet II, elle est transferée en son harem. Elle meurt avant ses 30 ans, en léguant son habillement au Patriarche de Constantinople.


Des impressions des intellectuels contemporains qui ont visité le lieux sont mis en évidence


J’en connais d’autres villes mortes du Moyen Âge. Baux en Provence et San Gimignano
près de Sienne. J’aime leur côté pittoresque. Mystrâs, cependant, remplit mon âme de poésie...

Maurice Barrès, Le voyage de Sparte, Paris, 1906


Chacun voit Mystrâs différemment, car il apporte son éducation esthétique, son éthique,
sa prédisposition professionnelle, sa formation scientifique, son entraînement poétique, sa foi ou son manque de foi et la met à l’épreuve dans cette montagne abrupte, qui est un incroyable Golgotha, fondé au pied du mont Taygète. Il peut être sûr qu’il partira plus riche ...

I.M. Panagiotopoulos, 1959


En août 1937, Jean-Paul-Sartre et Simone de Beauvoir visitèrent Mystras :

Nous sommes montés à Mystrâs où nous avons dormi sur le sol d’un palais en ruines...
Assis dans la fraîcheur du Palais des Déspôtes, nous avons faits l’une des deux ou trois
querelles monumentales de nos vies ...

Simone de Beauvoir, La force de l’âge, Paris, 1960
Reporté par P.Matâlas, Calendrier laconique, 2015


Comme la représentation du site par des peintres contemporains



Ici, la vision du site par Spyros Papaloucâs (1892-1957)



Ou encore par Nicos Hatzykiâkos-Ghika (1906-1994)


Des projections de vidéos de courte durée, documentés sur des textes d'époque, animent les murs. 



Ici, scène de conseil entre le Déspôte et ses adjoints, au sujet de la défense de Mystrâs.



Vidéo de musiciens jouant sur le balcon qui leur est dédié dans la salle du trône 


Les rêves de l'Empereur et leur interprétations

Si le Basileus voit...




Déceptifs, prophétiques, symboliques, d'inspiration divine ou démoniaque, les rêves, revèlent, prédisent ou traduisent.

Les textes "oneirocritiques" (explicatifs des rêves), correspondent au besoin de l'homme médieval de déchiffrer l'experience  onirique.

Ici, la projection concerne le text "Oneirocritikon" par Manuel Paléologue de la fin du 14ème siècle qui est associé à l'Empereur homônyme et adressé au cercles aristocratiques de Constantinople. 
Ses descriptions imagées et leur interprétations aident à reconstituer la vie à la cour Byzantine. 


Puis, juste avant de rentrer à la salle du Trône un habit de dignitaire nous attend, opposant une camera,
 qui permettra de se visualiser comme membre de cette cour fastueuse et pieuse.

 

Ici, votre dévoué, à même de se présenter devant le Basileus


Dans le deuxième volet, la salle du Trône et l'exposition "Reflets d'un glorieux apparat"


Texte et photos © Ioannis Kallianiotis, sauf indication contraire.



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